Mauritanie - Le pays

La Mauritanie est une surprenante rencontre du Maghreb et de l'Afrique Noire, marquée par sa diversité ethnique. En plein Sahara, la sécheresse de ces dernières décennies et l'assaut des dunes en font l'une des régions les plus chaudes du monde.
C'est aussi l'un des derniers pays où l'on peut goûter à l'aventure de l'extrême, dans un paysage si vaste qu'on a l'impression d'être au bout du monde lorsqu'on arrive, après plusieurs heures de trajet, dans un cercle de tentes maures ou dans un campement peul. Le pays est toujours traversé par quelques caravanes, mais vous serez surpris d'y trouver aussi des usines ultramodernes et des voitures de luxe en nombre. Pays de prédilection de Saint-Exupéry et de Théodore Monod, la Mauritanie est l'un des derniers paradis pour routards, même si, inexorablement, le Land Cruiser et le L200 remplacent le chameau…

Avec ses 1.030.700 km2 et quelques trois millions d'habitants seulement, la Mauritanie est une république Islamique, indépendante depuis 1960. Aucune crainte à avoir vis-à-vis de ce régime et de la pratique de la religion. Le Mauritanien est macho-pratiquant mais cool… Si une partie de la population féminine se balade voilée, avec chaussettes et gants, cela ne l'empêche pas, le soir venu, sous la khaima ou dans les dunes de s'adonner au flirt et aux libations. Sans excès s'entend ! En plein jour, vous verrez les hommes d'un côté, les femmes de l'autre, en retrait, vaquer aux occupations ou se promener.
La Mauritanie, c'est Mercedesland et Toyotaland ! Hormis quelques L200, conduire autre chose passe pour être original…sauf si vous êtes étranger ou chamelier… Il faut avouer que cet état de fait est du au marché automobile local approvisionné bien souvent par un trafic important entre l'Europe et le Maghreb. Bon nombre d'européens descendent leur véhicule à travers le Maroc ; véhicule qui se retrouve " volé " entre frontière et Nouakchott, vendu à vil prix. Le propriétaire, ainsi " dépouillé " rentre dans son pays et se fait rembourser par sa compagnie d'assurance… Bingo ! Et c'est ainsi que la plupart des mauritaniens roulent dans de superbes Mercedes et Land Cruiser ! Nouakchott est une véritable plaque tournante de tous les trafics, automobiles et autres. Imaginez : un paquet de Marlboro coûte à peine 0,60 Euro ! La seule chose qui soit chère…et rare, c'est l'alcool. Trouver une bouteille de vin, c'est " chasse aux trésor " !
Le pays est vaste, les distances entre les villes sont parfois lassantes à parcourir. Paradoxale impression, parce que certains paysages plats, constitués de désert grisâtres à la végétation pauvre font place, tout à coup, à l'apparition de sites grandioses ! Déserts jaunes, rouges, voûtés par le vent et la sécheresse. Plateaux rocheux chatoyants, sculptés par les cataclysmes de la terre et l'érosion. Montagnes somptueuses. Oasis semblant tout droit sorties d'un mirage divin. Villes colorées, accueillantes, actives ou paressant quand le soleil est au zénith. Villages perdus, campements de nomades, tentes, maisons de pierre au charme fou,…
Le Mauritanien est accueillant, souriant, poli. Au marché ou en boutique, il vous abordera sans pression et vous saluera toujours aimablement si vous quitter le lieu sans avoir succombé aux bijoux, cuirs et coffres en bois qui font la réputation de l'artisanat délicat de ce pays. On est loin des marchés de Saly, d'Mbour et de Sandaga… Autre comparaison en faveur du Mauritanien…la propreté ! Promenez-vous sur la plage du port de pêche de Nouakchott, le plus grand d'Afrique de l'ouest. Pas un papier, pas un poisson mort, pas une caisse ne traînent ! On est loin d'Mbour… Par contre, le Mauritanien au volant est l'égal du Sénégalais, même s'il roule dans une voiture de qualité, il est indiscipliné et…il klaxonne ! L'Italien est battu à plat de couture !
Nouakchott, est une ville qui s'étend chaque jour, grignotant sur le désert. Ville " plate ", - rarement un bâtiment ne dépasse deux étages - la capitale possède des infrastructures modernes, des industries vastes, un port de commerce bien équipé, de petits quartiers typiques et de nombreux marchés. Marchés à thèmes principalement. Primeurs, épices, artisanat, …et des tonnes, et des tonnes de chaussures et de lunettes ! Des milliers de petits commerces, de boutiques mais aussi de magasins " modernes " où la contrefaçon est reine… De nombreux restaurants, fast-food locaux mais aussi de bonnes adresses de cuisine européenne et asiatique. Mais, trouver un pastis ou un ballon de rouge à Nouakchott est un vrai jeu de piste !
Etonnant, ce sont les dunes, le désert qui borde Nouakchott. Les villas des beaux quartiers, gagnés sur le sable, c'est la banlieue où vont pique-niquer et passer le week-end de nombreux citadins qui retrouvent ainsi leur " maison de campagne " : une khaima (tente Mauritanienne/prononcez " rama ")) familiale, entre marchés de moutons et de chameaux. Le Mauritanien est et reste un nomade !
Si la capitale est un passage obligé pour voyager en Mauritanie, vous n'y trouverez pas grand intérêt, surtout par rapport à tout ce qui vous attend dans le pays !
Si vous ne descendez pas par le Maroc ou n'atterrissez pas directement à Nouakchott, c'est que vous venez de notre cher Sénégal, par le bac de Rosso ! Déjà toute une aventure ! Passage obligé par St Louis, direction Rosso Sénégal, séparé de Rosso Mauritanie par le fleuve Sénégal. Simple attente que le bac traverse d'un côté, simple formalité administrative de l'autre. Visa provisoire à 20 Euros/personne et vous voilà sur les routes et les pistes Mauritaniennes ! On ne réclame ni bakchich ni certificat de vaccination, juste le passeport. Dans le pays, d'assez nombreux contrôles de police, de gendarmerie, des douanes et de l'armée. Courtoisie, célérité et aucun bakchich !
Manger ne pose pas de problème. De nombreux petits restaurant de bord de route proposent, sous la tente, un repas souvent composé de grillade. Un mouton pend au crochet, vous choisissez votre morceau et quelques minutes plus tard on vous apporte votre pièce de viande accompagnée de riz ou de pâtes huilées. A même le sol, sur un tapis garni de coussins, on mange avec les doigts de la main droite, évidemment ! La petite bouilloire en plastique et le savon en poudre sont les bienvenus après le repas ! Le thé traditionnel, une eau minérale ou un soda et on repart. On ne s'attarde pas dans les restaurants de passage. Il y a de la route à faire, du business aussi !
Pas de soucis, non plus, en ce qui concerne le carburant. De nombreuses stations existent, des points de remplissage aussi. Un peu partout, même dans le " fin fond " du pays. Stations d'entretien et de lavage sont étonnement nombreux dans les villes. Impératif : l'eau ! Il fait chaud et sec en Mauritanie…il faut boire, beaucoup ! Vous trouverez toujours des boutiques où s'empilent des packs de bouteilles d'eau minérale. Un conseil, voyagez avec une grande glacière et achetez régulièrement de la glace, facile à trouver.


Malheureusement, ni le bon vieux Pajero, ni le temps ne nous permettront de visiter la Mauritanie de long en large. Le Mitsu est un petit peu trop " léger " pour certaines pistes. Voyager en solo n'est pas raisonnable, non plus. On nous déconseillera fortement (voir interdire) certains tronçons où on ne s'aventure qu'à deux ou même trois véhicules. En cas que…
Direction Atar ! En passant par l'Adrar, somptueux massif rocheux ! " Somptueux ", c'est un peu court, comme dirait Cyrano de Bergerac ! Quel spectacle ! Des passes, des plateaux, des pics rocheux, des falaises, des cailloux, …décors de western à la Sergio Léone ! " Arizona-Nevada-Grand Canyon-pyrénées ". Majestueuses dunes de l'erg Ouarâne qui se disputent le terrain avec les immenses plateaux tabulaires, d'où s'offrent de magnifiques panoramas. C'est une union à la fois sereine et diabolique entre le sable et la pierre qui ne font que tolérer les paradis représentés par les oasis. Des pistes praticables, du goudron même à certains endroits délicats. Des sites de mégalithe découverts par Théodore Monod. Arrêt dans la grotte du conservateur. Magnifiques peintures rupestres, ancestrales commentées par un vieil ermite adorable. Un endroit magique, un endroit où l'on aimerait se " retirer " du monde, quelques heures, quelques jours…Et quelle vue depuis son antre ! A quelques kilomètres de là, " fort Sagane " (qui a servi lors du tournage du film avec Gégé Depardieu). Impressionnant ! La passe d'Amogjar, Un des plus beaux sites de toute la Mauritanie: les canyons de la passe, puis, descente dans la plaine avec cette pluie de cailloux bleus qui a du bombarder la région lors de grands cataclysmes millénaires.
Atar enfin, ville mythique ! Atar est la capitale de la province de l'Adrar. Elle compte environ 25 000 habitants et s'étend au pied des falaises qui marquent les limites du plateau de l'Adrar. Elle a été fondée au XVIIéme siècle par des tribus venant de Chinguetti. Du temps de la colonisation, c'était un poste stratégique important pour l'armée française aux portes du Sahara. L'armée mauritanienne a pris le relais.
Située près du lit d'un oued important, elle a été en partie détruite par des inondations et une digue importante protège le centre.
Atar possède une palmeraie, quelques jardins, des artisans, mais l'essentiel de l'activité tourne autour de son marché, des ses commerces et de l'accueil des touristes…qui sont un peu plus de 15.000 par an à passer par les ruelles de la vieille ville, à défiler devant la tribune " Jacques Chirac " La visite d'un vieil artisan, tenant boutique en face de cette fameuse estrade révèlera de nombreux trésors d'artisanat local…mal marchandés hélas… Au retour, logement dans un " palace " local. Sympa ! (Voir " bonnes adresses ") Faire le plein. Carburant, glace, eau, biscuits secs…et direction Chinguetti ! La porte du désert !
Le choc ! En rêver depuis des dizaines d'années. Fantasmes entretenus par les récits des caravanes de dizaines de milliers de chameaux qui transhumaient, commerçaient dans le Sahara, entre pays Arabes et Afrique noire. Les bibliothèques aux manuscrits anciens. Les images du " Dakar ". Le secret des mystérieuses serrures Maures. Y être, passer entre les deux piliers de la villa, gagner la passe, traverser péniblement dans le sable pour venir mourir devant le Maure bleu (Voir " bonnes adresses "). La visite de la vieille ville de Chinguetti est impérative ! Une merveille ! Flâner à travers les ruelles, escalader les escaliers aux marches géantes et ocre, ramper dans les caves et passages conduisant aux reliquaires de l'écriture Arabe,… Ecouter l'histoire de la ville engloutie par les sables, l'épopée des grandes caravanes, l'histoire de ces livres rares qui dorment dans les bibliothèques familiales. Le vieux guide est l'un du dernier gardien des trésors. Mais, sa famille est grande et le musée national n'est pas prêt de recevoir une donation de sa part…
Sourire de petites filles qui vendent des bijoux, du tissu, des épices, des dattes au détour d'une impasse. L'accueil et la beauté du " Maure Bleu ". Joseph le Sénégalais et Arnaud le Burkinabé. Sylvie est en France. La maîtresse de maison a bâti un petit paradis dans la passe de Chinguetti. Exceptionnel ! On y mange bien, les chambres en paille, en bois, en tissus Mauritaniens sont magnifiques, cosy-typique…mais dormir à la belle étoile, sur la citerne est trop tentant. Dommage que la tempête de sable de la nuit efface toute envie de voir l'aube de cet endroit magique. Mais, le début de la nuit aura été somptueux ! Les étoiles brillent plus intensément à Chinguetti…
Et puis, grimper sur la première dune, après la passe et découvrir le Sahara ! Le désert à perte de vue. Magistral ! Les dunes qui font le gros dos et un pied de nez à tous ceux qui ne croient plus au " Petit Prince " de St Exupéry. Une émotion indescriptible. Marcher, laisser une emprunte éphémère dans le sable brûlant, une trace, pour la vie, dans la mémoire. Salut Arnaud ! Promis, une prochaine fois, je goûterai à la panse farcie de chameau au sang chaud ! Et on se verra à Bobo-dioulasso l'an prochain, inch Allah !
Abandon de certaines pistes dont on rêve, de villages tracés sur une carte des envies mais que le temps et le 4X4 ne nous permettent pas de visiter. La consolation, la frustration passe par Terjit ! L'oasis de Terjit. Un mirage devenu réalité grâce à deux sources qui jaillissent dans le désert pour former l'un des plus beaux endroits du monde ! Terjit est une magnifique oasis encastrée dans la montagne. Petit village accessible par des sentiers tortueux qui mènent jusqu'à la baignade. En plein désert, on peut y dormir au frais, près de l'eau qui ruisselle. Se restaurer aussi. On est au royaume de la datte ! De nombreux Mauritaniens viennent ici le week-end, se…ressourcer, sans doute… Promis Cheikh, on y reviendra un jour !
Les jours passent vite. Même si la piste est longue, les routes parfois monotones. Cheikh et Sidi sont de tels compagnons de route, riches en amitié et en humour. Les paysages, les rencontres bouffent notre temps, si compté déjà… Retour à Nouakchott. L'hospitalité de Sidi est bien agréable. Pas envie de loger à l'hôtel ou dans un campement. Et puis, il y a Chirac ! Jacques Chirac, le chien de Sidi. Un jeune chien fou, sympa, gourmand, amitieux, fidèle. Dès qu'on quitte la maison de Sidi, il court derrière le Pajero pendant des kilomètres, ne renonçant qu'après l'ambassade de France et rentrant penaud. Attendant de battre la queue à notre retour.
Avant dernier jour de voyage. On remonte l'océan par la plage. Vers le banc d'Arguin et Nouadhibou. Le parc national du banc d'Arguin situé de part et d'autre du 20ème parallèle, longe le littoral mauritanien sur plus de 180 km et couvre une superficie de 12 000 km2 composée à parts presque égales de zones maritimes et terrestres. Cet écosystème côtier exceptionnel est baigné par des remontées d'eaux profondes, froides et riches en éléments nutritifs. La présence simultanée d'herbiers et d'un upwelling important engendre une productivité biologique élevée et explique la présence de populations denses d'oiseaux d'eau, de poissons, d'invertébrés et de mammifères marins. C'est un peu le Siné Saloum local, le Djoudj mauritanien. Patrimoine mondial de l'Unesco, le banc d'Arguin est le passage obligé entre Nouakchott et Nouadhibou. Les plages sont jonchées de carcasses de bateaux échoués là depuis parfois plus d'un siècle. Sculptures d'acier dentelées et rougeâtres qui rivalisent de curiosité avec les paysages somptueux de mer et de dunes qui s'épousent le temps d'une marée, d'une vague. Cheick s'offre son baptême de plage ! Rouler à toute allure entre dune et eau, slalomer pour garder les quatre roues sur le sable mouillé sans se faire harponner par la mer. Eviter les cailloux, les carcasses de bateau, de dauphins échoués, les filets de pêcheurs, les pirogues qui dorment devant les villages de bord de mer…une vraie course ! Combien de fois les vagues joueront au carwash avec le Mitsu !?! Quels souvenirs ! Un dernier repas sur la plage. Sidi est champion du monde d'allumage de feu à même le sable ! Penser à regonfler les pneus, laver le Pajero et reprendre la route du retour, hélas !
Nouakchott, une dernière fois. Adieux à Sidi et Chirac, avec plein de promesses…qui seront tenues ! Et retour vers Rosso avec Cheikh, originaire de la ville frontalière et dont le papa, adorable, nous sera d'un grand secours pour régler nos démarches administratives. Retour au Sénégal, à la case départ en retraversant les rizières et les champs de canne à sucre. L'hivernage est bien là ! Quel contraste entre le pays aride que l'on vient de quitter et le Sahel sénégalais, si riche en comparaison !
Ce voyage en Mauritanie, avec Cheikh et Sidi restera l'un des plus beau souvenir de ma vie ! Paysages fabuleux, aventure humaine adorable, riche de mille anecdotes, rencontres et émotions. Je ne vous ai pas tout dit, tout écrit. Parce qu'il y a tant d'endroits que je n'ai pas visités, tant de choses dans mon cœur qui resteront comme un secret, un serrure Maure, cachant son trésor…
Si vous avez - strict minimum - 8 jours devant vous, allez en Mauritanie ! Il faudrait pouvoir y rester vingt jours, un mois, six mois… Ce pays est riche et vous en reviendrez avec une partie de ce qu'il vous aura offert…
Cliquez sur l'album photo, revivez en images ce que je viens d'écrire. Mais, surtout, surtout…imaginez, rêvez !!!